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Prédication de M. Block au Forum

Prédication au Forum des Attestants
A écouter et regarder en vidéo sur https://www.facebook.com/attestants/
Paris, 2 février 2019.

Luc XVII. 7-10

« Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.’»
Comment vous sentez-vous après l’écoute d’une telle phrase ? Pour commencer la journée, on pourrait imaginer quelque chose de plus dynamisant ! En voilà une punchline pour se sentir en forme dans les 24 prochaines heures ! Je ne sais pas si ce verset est souvent utilisé sur les applications qui vous donnent un verset par jour : « Commence bien la journée avec Jésus ! » Cela nous permet de nous rappeler que contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent de nos jours, Jésus n’est pas un coach en développement personnel. Dieu n’a pas envoyé son fils pour que nous puissions exprimer à travers la mise en pratique de ses enseignements tout le potentiel que nous avons au fond de nous et qui ne fait que sommeiller…
Mais malgré ce rappel, la dureté de cette parole demeure. On pourrait penser qu’alors, le choix de ce passage ne relève que de mon initiative. C’est mon problème. J’aurais pu choisir quelque chose de beaucoup plus agréable à entendre. Quelque chose de beaucoup plus « vendeur ». Mais justement parce que nous allons parler aujourd’hui de notre rapport au texte biblique, de la façon dont nous le recevons et de la place que nous accordons à la Bible dans notre vie de foi et notre vie d’Église, j’ai cru intéressant de nous proposer de nous pencher sur un texte difficile. Difficile, pas compliqué. Rien en effet n’est compliqué dans ce texte. Son sens est évident. Et c’est peut-être justement là que se pose le souci. Face à des textes bibliques dont le sens est obvie mais difficile, comme celui-là, je crois que l’on peut être tenté par plusieurs stratégies d’évitement, qui ne sont pas seulement des stratégies d’évitement, elles ont aussi une pertinence pour l’interprétation, mais en l’occurrence, elles peuvent nous soulager à bon compte de la difficulté du texte. J’en partage trois avec vous :
Première stratégie : l’expression « serviteurs inutiles » est trop dure pour être vraiment reçue aujourd’hui. Alors, on peut essayer de la nuancer en trouvant un synonyme pour permettre à nos contemporains d’entendre ce texte. Je ne sais pas si c’est dans cette intention que certaines traductions se positionnent, mais je vous propose d’écouter la façon dont elles rendent cette expression : « Nous sommes des serviteurs quelconques. » (TOB). « ordinaires » (PDV). La Bible du Semeur propose : « Nous ne sommes que des serviteurs sans mérite particulier ». Dans une traduction ancienne de la Bible de Jérusalem j’ai aussi trouvé : « Nous sommes de simples serviteurs » (comme dans la Bible en Français Courant). Or, le sens du mot grec que l’on trouve pour ce passage est bien : « inutile ». Quelque chose de plus dur, incontestablement, que « quelconque » ou « simple » ou « sans mérite particulier ». C’est pourquoi je crois qu’il est toujours intéressant de lire plusieurs traductions de la Bible. C’est techniquement possible et pas cher de nos jours.
Bien sûr, et c’est une deuxième stratégie d’évitement, on peut dire : « Oui, le mot employé dans le texte grec est fort, mais c’est certainement une exagération à l’orientale. Jésus ne pensait pas des choses aussi dures, il voulait surtout choquer, interpeller ses auditeurs. Il faut relativiser cette façon de parler ». Je pense alors ici à un prédicateur et activiste social évangélique américain qui s’appelle Shane Claiborne. Il a écrit plusieurs livres, dont deux ont été traduits en français. L’un d’eux s’appelle « La révolution en lettres rouges » et a pour sous-titre : « Et si Jésus pensait réellement ce qu’il disait ? » C’est le genre de question qui agace par sa simplicité et l’évidence de la réponse qu’elle sous-entend et les contradictions que souvent elle révèle de notre comportement. Mais justement, c’est cette évidence qui pose problème. Parce que si Jésus pensait vraiment ce qu’il disait, quand il disait « serviteurs inutiles » et bien il pensait « serviteurs inutiles », que cela soit facile pour nous à entendre ou non.
Alors, troisième tactique d’évitement, on peut penser que ce n’est pas Jésus qui a dit ça, mais Luc, qui a proposé cette formule alors que si ça se trouve, Jésus n’a rien dit de tel, pas plus que la petite parabole qui introduit cette affirmation. Tout cela serait une création de l’évangéliste pour soutenir son propos à lui. Le problème, c’est que cette expression « serviteur inutile » ne se retrouve qu’une seule autre fois dans le Nouveau Testament, et pas chez Luc. C’est chez Matthieu qu’on peut la lire, dans une autre parabole que Jésus a proposée. Celle des talents. Vous vous souvenez certainement de cette histoire : un homme qui part en voyage et donne à trois de ses serviteurs des sommes d’argent considérables. Le troisième des serviteurs ne fait pas fructifier la somme d’argent qu’il a reçue. À son retour le maître sanctionne ce serviteur en disant de lui : « Quant au serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres extérieures: c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents.’ » Non seulement on ne peut pas penser que cette expression soit du seul fait de Luc mais la comparaison avec Matthieu nous « enfonce » encore plus. Car nous voyons bien le sort qui est réservé à ces serviteurs inutiles.
Alors ? Nous ne pouvons pas édulcorer les paroles de Jésus, ni prétendre qu’elles ne sont pas de lui. Nous sommes donc devant une grosse difficulté, qui est liée d’ailleurs à notre positionnement comme Attestants. Parce que nous affirmons faire confiance à la Bible. Cela ne veut pas dire que nous renonçons à tout recul critique, à tout exercice de notre raison et de notre intelligence, mais nous croyons que les mots qui composent ce texte ont été écrits par des hommes inspirés par Dieu et que c’est le même esprit de Dieu qui peut venir nous visiter quand nous lisons la Bible pour que le Seigneur nous adresse sa parole par elle. Ce qui donne à ce texte dans son ensemble un poids pour notre vie de foi qu’aucun autre document ne saurait avoir. Il y a plein de passages bibliques qui me semblent difficiles à comprendre, à accepter, à mettre en pratique. Mais avant de chercher à manipuler le texte pour lui faire dire quelque chose que je pourrai mieux intégrer dans ma vie ou ma réflexion, je crois que le premier effort doit porter sur moi, dans la prière notamment. Ne serait-ce que pour que Dieu m’aide peut-être à accepter que je ne comprends pas tout de la Bible, que ce texte m’échappe, comme Dieu en vérité, m’échappera toujours. Si le texte biblique n’était qu’une production humaine, seulement marquée par l’histoire, la sociologie et les croyances de ses rédacteurs, alors en effet, nous pourrions manipuler, modifier, trier dans ce texte selon ce qui nous convient aujourd’hui. Mais je crois qu’en fait, ce n’est pas moi le maître de ce texte. Ce n’est pas moi, Dieu. Amen ? Bon, alors ça va… Nous pouvons nous en tenir là ? Non, je vais quand même essayer d’aller un peu plus loin dans ma lecture du texte que nous avons partagé !

La première question qui m’est venue devant cette petite parabole est : À qui Jésus l’adressait-il ? Un propos aussi lourd doit certainement trouver une justification de sa densité dans les interlocuteurs à qui Jésus parle. Le problème, c’est que rien dans notre extrait ne nous permet de préciser la réponse. Et il faudra bien y penser tout à l’heure. Juste après notre passage, Luc nous décrit la reprise du chemin de Jésus vers Jérusalem. Il faut donc plutôt remonter dans le texte pour comprendre qui il avait en face de lui.
Je vous lis alors les premiers versets du chapitre 17 de l’évangile de Luc, jusqu’à notre verset 7 :
« Jésus dit à ses disciples: «Il est inévitable qu’il y ait des pièges, mais malheur à celui qui en est responsable! Il vaudrait mieux pour lui qu’on attache à son cou une meule de moulin et qu’on le jette à la mer, plutôt qu’il ne fasse trébucher un seul de ces petits. Faites bien attention à vous-mêmes. Si ton frère a péché [contre toi], reprends-le et, s’il reconnaît ses torts, pardonne-lui. S’il a péché contre toi 7 fois dans une journée et que 7 fois dans la journée il revienne [vers toi] et dise: ‘J’ai eu tort’, tu lui pardonneras.» Les apôtres dirent au Seigneur: «Augmente notre foi.» Le Seigneur dit: «Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier: ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait. »
Nous avons entendu deux mentions qui viennent nous donner un premier élément de réponse :
« Jésus dit à ses disciples ». Voilà un premier groupe d’auditeurs. Les disciples sont en effet un petit groupe. Luc nous a, quelques chapitres auparavant, appris qu’il y en avait au moins 70 qu’il avait envoyés en mission. Mais dans ce qu’il dit à ceux-là, nous trouvons de quoi nous décourager encore plus ! « Il est inévitable qu’il y ait des pièges » c’est-à-dire des scandales, des obstacles qui peuvent faire chuter les gens dans leur vie de foi, « mais malheur à celui qui en est responsable ! » J’espère que vous aviez pris un bon petit déjeuner ce matin, car ce ne sont pas des paroles faciles à digérer à jeun ! Et comme illustration d’un de ces scandales, la question du pardon des offenses, ce marqueur de l’identité chrétienne dont nous sommes tous d’accord pour reconnaître l’immense difficulté. Encore une fois, l’exigence de Jésus paraît insurmontable ! « Si ton frère a péché contre toi, reprends-le et, s’il reconnaît ses torts, pardonne-lui. S’il a péché contre toi 7 fois dans une journée et que 7 fois [dans la journée] il revienne [vers toi] et dise: ‘J’ai eu tort’, tu lui pardonneras.» » Voilà pour ne pas dire : « Pardonne en tout temps à ton frère ».
Mais alors, Luc nous rajoute deux petits détails : « Les apôtres dirent au Seigneur: «Augmente notre foi.» Le Seigneur dit: «Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier: ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait. »
Vous avez remarqué que Luc parle alors des apôtres. Les douze. Les premiers envoyés en mission. Et ceux-ci ne s’adressent pas à Jésus, mais au Seigneur. Et c’est le Seigneur qui leur répond. C’est le Seigneur qui complète sa réponse avec notre parabole. Ce n’est jamais anodin quand Luc effectue ce genre de glissement. Je le reçois comme une façon qu’il a de souligner que celui qui parle ici n’est pas un simple maître de sagesse, un rabbin surdoué ou un faiseur de miracles méritant qu’on le suive comme une star. Non, c’est le Seigneur, Dieu lui-même qui parle et qui dialogue avec ses apôtres ceux qu’il a spécifiquement envoyé en mission pour annoncer son Évangile.
Mais ne parle-t-il qu’à ses disciples ? Je ne crois pas. Dans le chapitre 16, Luc nous fait comprendre que des pharisiens sont aussi dans l’auditoire, qui se moquent de Jésus et de ses propos au sujet de l’argent. Et il me semble que l’on peut considérer que notre petite parabole s’adresse aussi bien aux disciples qu’aux pharisiens qui ont discuté jusque-là avec Jésus. D’ailleurs la façon qu’il a d’introduire cette histoire : « Si l’un de vous a un esclave… » est exactement la même que celle qu’il a eu d’introduire la parabole de la brebis perdue qu’il a dite aux pharisiens qui lui reprochaient de fréquenter des pêcheurs : « Si l’un de vous a 100 brebis… » Autrement dit, j’ai l’impression que Jésus met les pharisiens et ses disciples sur le même plan en leur parlant comme il le fait là. Pourquoi fait-il cela ? Peut-être parce qu’il a senti chez ses disciples, et particulièrement ses apôtres, le danger d’adopter un comportement comparable à celui des pharisiens. Je m’explique : Quand Jésus donne son enseignement sur le pardon, il met la barre très haut : « S’il a péché contre toi 7 fois dans une journée et que 7 fois [dans la journée] il revienne [vers toi] et dise: ‘J’ai eu tort’, tu lui pardonneras. » Ce qui fait demander aux apôtres : « Augmente notre foi. » On pourrait se dire que les apôtres ont compris quelque chose. Le pardon n’est pas le fruit de nos efforts personnels, notre foi est en jeu là-dedans. Mais la réponse de Jésus a des allures de douche froide ! « Si vous aviez de la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à ce mûrier: ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous obéirait. » Qui d’entre vous a déjà essayé ? Je n’ai toujours pas rencontré qui que ce soit qui ait essayé, et donc encore moins quelqu’un qui ait réussi ! Je crois que cela vient nous rappeler que le pardon, comme tout autre acte marqueur de notre vie chrétienne est d’abord le fruit d’une grâce de Dieu, dont la foi n’est que le signe. Si nous estimons que le pardon pourrait être un fruit de notre foi, alors nous commençons à faire de la foi une œuvre et nous la détournons de ce qu’elle est en vérité. Un seul a le pouvoir de pardonner les péchés et de nous faire pardonner à ceux qui nous ont offensés : Le Seigneur. Lui seul peut faire en sorte qu’à un certain moment, nous soyons en mesure de nous rendre compte que nous avons pardonné à celui ou celle qui nous a offensés. Je crois que c’est un peu la même chose qu’avec l’amour du prochain, les miracles, etc. Il s’agit avant tout de l’œuvre de la grâce du Seigneur en nous. Et dès que nous cherchons à reprendre la main dessus en estimant que c’est de nous, même de notre foi, que cela dépend d’une façon ou d’une autre, alors nous avons perdu le cap. Mais alors, on peut se dire : puisque tout est grâce nous n’avons rien à faire ! Attendons que le Seigneur ait agi en nous pour que le pardon, l’amour fraternel, les conversions, les guérisons ou les miracles soit des réalités vécues dans les communautés chrétiennes. C’est alors que nous arrivons à notre parabole : « Si l’un de vous a un esclave qui laboure ou garde les troupeaux, lui dira-t-il, à son retour des champs: ‘Viens tout de suite te mettre à table’? Ne lui dira-t-il pas au contraire: ‘Prépare-moi à souper, ajuste ta tenue pour me servir jusqu’à ce que j’aie mangé et bu; après cela, toi, tu mangeras et tu boiras’? A-t-il de la reconnaissance envers cet esclave parce qu’il a fait ce qui lui était ordonné? Je ne pense pas. » Le pardon, l’amour fraternel, les conversions, les guérisons, les miracles ne sont pas des options de la vie chrétienne. Ce sont ses marqueurs, les mandats que le Seigneur a demandé à ses disciples, afin que tous croient et voient que le Seigneur demeure en eux et eux en lui.
Mais il y a donc de quoi se sentir crucifié par de telles exigences, une situation à ce point contradictoire. C’est là que la dernière phrase de la parabole prend un sens nouveau : « Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » Il y a là quelque chose de vraiment très important à entendre : Le seigneur ne dit pas : « Vous êtes des serviteurs inutiles. » Non, il demande à ses disciples de dire : « Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » Ce n’est pas du tout la même chose. Il ne s’agit pas de nous rendre un peu modestes, en nous faisant dire que nous sommes « quelconques », « simples » ou « sans mérite particulier ». Non, il s’agit d’écraser en nous toute once d’orgueil. Car on ne peut pas être disciple du Christ par orgueil. L’orgueil nous centre trop sur nous-mêmes pour être disciples du Christ. Nous devons comprendre que devant le Seigneur, nous ne pouvons que nous considérer comme inutiles. Pas devant les autres. Devant les autres, notre action chrétienne est essentielle. Mais devant Dieu, il n’y a rien dans tous ces actes qui nous permette de nous justifier. Rien : « quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, (ordonné par qui ? Par le Seigneur !) dîtes: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » Si donc Jésus s’est adressé alors aussi bien aux apôtres qu’aux disciples et aux pharisiens, c’est sans doute parce que tous sont en danger d’orgueil. Les pharisiens plus que les autres, qui croient pouvoir se moquer de Jésus et le juger. Mais les apôtres eux-mêmes qui se sont demandé qui d’entre eux était le plus grand, à peine de retour de leur première mission. Et les autres disciples, qui, à leur retour eux aussi, ont pu affirmer avec joie : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Alors que le vrai miracle est que les démoniaques soient libérés ! Vous souvenez-vous de la réponse que Jésus lui-même a fournie aux disciples que Jean le Baptiste qui venaient lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ? » « A ce moment-là, Jésus guérit de nombreuses personnes de maladies, d’infirmités et d’esprits mauvais et il rendit la vue à bien des aveugles. Puis il leur répondit: «Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu: les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Luc 7. 21-22). Pas une fois il ne dit : Je guéris, je fais marcher, les démons me sont soumis… Jésus est si humble que pas une fois il ne parle de lui. Il n’emploie que des tournures passives, pour mettre en évidence l’action du Père à travers lui. Ce qu’il vient donc dire à tous ces auditeurs dans cette parabole est un remède contre leur orgueil.

Cela m’amène à deux choses que je vais partager avec vous pour conclure.
La première peut vous sembler curieuse. C’est que je ne suis pas sûr que ce texte soit pour toutes les oreilles. Peut-être peut-on considérer qu’il s’adresse à nous si nous connaissons des réussites sur le plan de notre vie d’Église : Une communauté en croissance, des pardons vécus, de l’amour fraternel pratiqué, des miracles ou des délivrances, des finances qui vont bien… Cela arrive quand même dans notre Église ! Mais si nous traversons des périodes difficiles, que ce soit sur le plan communautaire ou personnel, je ne suis pas sûr que cette parole de Jésus puisse être considérée comme nous concernant. De même je pense qu’il faut une certaine solidité spirituelle pour l’assumer : les catéchumènes ou les personnes qui traversent une dépression n’ont peut-être pas à prendre ces paroles de Jésus pour elles.

La deuxième chose vient peut-être contrebalancer la première. C’est que si cette parole n’est pas à faire entendre à tout le monde, elle n’en est pas moins vraie, pour tout le monde. « Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites: ‘Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. » C’est enquiquinant, mais c’est vrai, quand même. Devant le Seigneur, nous aurons peut-être fait tout ce que nous avons à faire, mais rien de cela ne pourra nous servir à nous faire valoir devant lui. C’est dur cela. Nous sommes comme des guetteurs à la porte, qui attendons, attendons, nous faisons tout ce qu’il faut, mais nous ne voyons rien venir, et nous nous rendons compte que tout ce que nous faisons ne fait pas venir le maître plus vite. Mais nous pouvons alors nous rappeler une autre parabole que Jésus a dit. Elle m’a profondément touchée quand je l’ai retrouvée en préparant cette prédication. Elle est en Luc 12,35-38 : « Mettez une ceinture à votre taille et tenez vos lampes allumées. Soyez comme des hommes qui attendent que leur maître revienne des noces, afin de lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera éveillés! Je vous le dis en vérité, il mettra sa ceinture, les fera prendre place à table et s’approchera pour les servir. Qu’il arrive au milieu ou vers la fin de la nuit, heureux sont ces serviteurs, s’il les trouve éveillés! »
Le Seigneur nous l’a promis. Il est fidèle. Gardons courage, sœurs et frères et poursuivons notre chemin à sa suite.
Ainsi soit-il.