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L’Eglise, qu’est-ce que c’est

par Matthias Helmlinger

Libre réappropriation des leçons du pasteur Roland de Pury, données à la Faculté de théologie de Neuchâtel en 1944, parues dans « La Maison de Dieu ; éléments d’une ecclésiologie trinitaire » éd. Delachaux et Niestlé 1946

 

Nous partons du texte bien connu : Matthieu 16/13-19.

L’Eglise est une maison construite par Jésus-Christ sur Simon fils de Jonas. C’est pourquoi Jésus appelle ce disciple « Pierre », en araméen « Képhas ».

Comment comprendre cela ?

Nous vous proposons l’interprétation suivante :

  1. cela ne veut pas dire avant tout que Jésus construit l’Eglise sur la personne de Simon-Pierre, car au verset 23, Jésus lui dit : « derrière moi, Satan ». La personne de Pierre n’est pas fiable. L’apôtre Paul a dû s’opposer à Képhas à un moment donné Ga.2/14
  2. cela veut dire que Jésus construit l’Eglise sur cette déclaration de foi de Simon fils de Jonas, déclaration de foi que Simon fils de Jonas n’aurait jamais pu faire sans une révélation du Père de Jésus, du Père qui est dans les cieux.

 

Cela nous apprend que l’Eglise n’a jamais à prêcher ses propres opinions sur Jésus. L’Eglise ne peut être construite que sur une révélation du Père dans le cœur de l’apôtre Pierre, une révélation qui concerne l’identité véritable de Jésus, une révélation du Père dans notre coeur.

 

La suite du texte nous fait découvrir un Simon-Pierre qui émet sa propre opinion sur Jésus. Il est convaincu que Jésus ne doit pas aller mourir à Jérusalem. Il est prêt à donner sa vie pour cela, d’après ce qu’il dit. Il se fait alors traiter de Satan par Jésus lui-même. Le jour même où Jésus dit à Simon qu’il l’appelle « Pierre », c’est-à-dire qu’il va construire son Eglise sur lui, Jésus est obligé de l’appeler « Satan ». Le jour même où Simon est déclaré « bienheureux » par Jésus, parce qu’il avait entendu en lui-même la voix du Père qui est dans les cieux, Jésus est obligé de lui dire « derrière moi, Satan ».

 

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » : j’ai dit qu’il ne faut pas comprendre cette affirmation avant tout dans le sens que Jésus construit l’Eglise sur la personne de Pierre. Je voudrais maintenant corriger ce que je viens de dire, ou compléter. Car ce que je viens de dire n’est pas complètement juste, si je n’ajoute pas ceci : l’Eglise est construite aussi sur la personne de Pierre. Cet homme qui n’était pas fiable, Jésus en a fait un témoin fiable.

Nous voyons cela dans Apocalypse 21/12 , 14 : l’Eglise est appelée la fiancée, l’épouse de l’Agneau, la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel ; les fondements de ses remparts sont les douze apôtres de l’Agneau et les portes sont les douze tribus d’Israël.

C’est donc bien aussi sur la personne de Simon-Pierre que l’Eglise est construite. Sur Pierre et les onze autres apôtres. Ils sont les fondements de la construction de la Jérusalem céleste. Une Eglise qui conteste l’enseignement d’un seul apôtre n’est pas l’Eglise de Jésus-Christ.

Mais il faut ajouter ceci : une Eglise qui conteste Israël, la réalité de l’élection des douze tribus d’Israël n’est pas non plus l’Eglise de Jésus-Christ. Pour entrer dans la Jérusalem céleste, il y a douze portes portant les noms des douze tribus d’Israël.

L’Apocalypse apporte donc une révélation qui nous aide à comprendre ce que Jésus veut dire, quand il dit : « je construirai Mon Eglise » Mt.16/18.

Jésus dit bien « Mon Eglise ». Il s’agit donc d’une nouvelle Eglise.

Il y en avait déjà une : Israël est appelé « Eglise » dans les textes de l’Exode traduits en grec à l’époque de Jésus. Les Hébreux aux pieds du Sinaï, recevant la Thorah, la Loi du Seigneur sont appelés « Eglise ». Jean Calvin a bien remarqué cela. Il y a donc déjà une Eglise quand Jésus dit qu’il va construire son Eglise sur Simon-Pierre.

Est-ce que cela veut dire qu’Israël est caduc ? Qu’à partir de Jésus, Israël n’est plus l’Eglise de Dieu ?

Nous ne le pensons pas, à cause de ce texte de l’Apocalypse qui présente la Jérusalem céleste avec douze fondements, qui sont les douze apôtres et avec douze portes, qui sont les douze tribus d’Israël.

Nous ne le pensons pas, aussi à cause de Ephésiens 2 surtout au verset 21 : la construction que Dieu met en place en Jésus-Christ est composée des Juifs et des Nations. Les Juifs ne disparaîtront pas en tant que Juifs. Ils n’ont pas besoin de cesser d’être juifs pour faire partie du corps du Christ. Au contraire, il y a nécessité absolue qu’ils restent juifs. Et les Nations n’ont pas besoin de devenir juives, elles sont intégrées par la foi au corps du Christ, à l’Eglise du Christ.

Nous déduisons de tout cela que l’Eglise n’est plus l’Eglise de Jésus-Christ quand elle conteste l’A.T., quand elle déclare caduc l’A.T. Cette tentation a existé dès le départ dans l’histoire de l’Eglise et elle resurgit à chaque génération.

Nous déduisons aussi de tout cela que l’Eglise n’est plus l’Eglise de Jésus quand elle écoute ses propres pensées, quand elle suit ses propres raisonnements au sujet de qui est Jésus. Elle devient alors satanique comme Simon-Pierre.

 

L’Eglise n’a pas la liberté de définir elle-même Jésus. Elle ne peut que s’incliner intérieurement en adorant le Père qui lui révèle l’identité de Jésus. L’Eglise est Eglise quand elle n’a rien en elle-même, rien par elle-même, quand elle est entièrement dépendante du Père qui est dans les cieux, de la révélation qu’il lui donne au sujet de Jésus.

Ce qui est vrai pour l’Eglise est vrai pour chacun de ses membres. Aucun de nous n’a choisi de croire en Jésus. Un jour, nous découvrons que Dieu nous a donné la foi et donc que nous sommes dans l’Eglise. Nous n’entrons pas dans l’Eglise dit le pasteur R. de Pury, un jour nous découvrons que nous y sommes. C’est une révélation donnée gratuitement par le Père à ceux qu’Il a choisis. Jésus a rendu grâces pour cela Luc 6/21-22 : « à l’instant même, il exulta sous l’action de l’Esprit Saint et dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père, ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. »

Personne de nous n’est devenu par lui-même croyant en Jésus.

Le pasteur Roland de Pury écrit que ce serait terrible si chacun de nous pouvait venir avec son égoïsme, son orgueil, sa convoitise se fonder lui-même sur Jésus-Christ. Ce serait l’enfer sur terre.

Jésus affirme dans l’évangile : « personne ne peut venir à Moi si mon Père ne l’attire » Jean 6/43. Et en affirmant cela, il cite l’A.T. : Esaïe 54/13.

Nous voyons donc que la révélation donnée aux apôtres est conforme à la révélation donnée déjà à Israël.

 

Nul d’entre nous n’a choisi par lui-même de croire en Jésus. C’est un don du Père. C’est l’œuvre de la Trinité, de l’amour qui circule entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. C’est une révélation d’En Haut.

Si nul d’entre nous n’a choisi de croire en Jésus il faut en déduire que nul d’entre nous n’a choisi de faire partie de l’Eglise de Jésus-Christ. Le pasteur Roland de Pury écrit : «  nous ne choisissons pas de faire partie de l’Eglise, un jour nous découvrons que nous y sommes ». L’Eglise de Jésus-Christ est composée de gens venant de tous horizons, des plus profondes ténèbres ou des milieux les mieux éduqués, que le Saint-Esprit est allé chercher pour les intégrer à l’Eglise de Jésus-Christ.

 

Actes 2/47 : « le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Eglise ceux qui étaient sauvés ».

C’est le Seigneur qui a joute à l’Eglise. Ce n’est pas nous qui décidons d’en faire partie.

 

L’Eglise est fondée sur Jésus-Christ, dit l’apôtre Paul : « quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus-Christ » I Cor.3/11.

L’Eglise est fondée sur Jésus-Christ tel qu’il nous a été prêché par les apôtres.

L’Eglise est fondée sur Dieu, puisque Jésus-Christ est Dieu.

 

L’Eglise n’est pas fondée par une main humaine, ou par la volonté humaine, sinon elle ne tiendrait pas devant la mort. En effet, Jésus a dit à Simon-Pierre sur qui il fonde l’Eglise : « la puissance de la Mort n’aura pas de force contre l’Eglise » Mt 16/18. La mort ne peut rien contre l’Eglise, mais les fausses doctrines concernant Jésus peuvent la détruire. Par « fausses doctrines » il faut entendre : tout ce que nous ajoutons ou inventons par nous-mêmes au sujet de Jésus-Christ. Les apôtres ont combattu toutes ces fausses doctrines dans leurs épîtres, elles apparaissent à chaque génération. Le combat pour que le fondement reste le fondement est un combat sans cesse renouvelé. C’est encore le pasteur R. de Pury qui dit cela, déjà en 1944.

 

L’Eglise n’est pas fondée par l’œuvre humaine, elle est fondée par le Saint-Esprit qui est Dieu. Elle provient de la Trinité qui s’est ouverte aux êtres humains : les cieux sont ouverts quand Jésus est baptisé Mt 3/16.

 

 

Nous en arrivons à l’objectif pour lequel Dieu a fondé l’Eglise sur Lui-même. Le Père, par le Saint-Esprit, a fondé l’Eglise sur Jésus-Christ. Dans quel but ?

Un verset pourra nous éclairer : Matthieu 5/16 « de même, que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux. »

Dieu veut une Eglise pour que gloire lui soit rendue. Tout au long de la Bible nous trouvons cet objectif de toute l’œuvre de Dieu : pour que nous lui rendions gloire, pour que toute la création lui rende gloire. Voyez par exemple le premier chapitre de l’épître aux Ephésiens, où Paul célèbre l’œuvre de Dieu, en ponctuant sa louange trois fois par la formule « à la louange de sa gloire » : verset 6 « à la louange de sa gloire, et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé », verset 12 « pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ », verset 14 « acompte de notre héritage jusqu’à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire ».

Israël n’existe que pour la louange de la gloire de Dieu son Père. L’Eglise n’existe que pour la louange de la gloire de Dieu le Père.

 

L’Eglise existe parce qu’elle est fondée par le Saint-Esprit sur Jésus-Christ pour la gloire du Père.

Une Eglise qui n’est pas trinitaire n’est pas l’Eglise.

 

L’Eglise n’existe que pour la gloire de Dieu. Cela n’est pas évident. L’histoire a prouvé que toujours à nouveau, l’Eglise veut exister pour sa propre gloire ou pour la gloire du monde. Ce n’est pas nouveau. C’était déjà le reproche que le Seigneur faisait à Israël : « ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de Moi ». Combien de fois nous nous glorifions nous-mêmes secrètement ou même publiquement ! Or la seule chose dont le monde a besoin, c’est d’une Eglise qui glorifie son Seigneur et qui ne se glorifie pas elle-même.

Glorifier Dieu le Père ne se fait pas en catimini, mais publiquement, à la face du monde, à la face des êtres visibles et invisibles. Cela a coûté cher aux premiers chrétiens, qui ne voulaient adorer que le Seigneur Jésus et qui ne concédaient pas une seule génuflexion devant le buste de l’empereur romain. Cette intransigeance concernant la gloire de Dieu leur a valu d’être exterminés. Et Simon-Pierre en fait partie. En Jn 21/19, Jésus annonce à Simon-Pierre une mort par laquelle il glorifierait Dieu. Cette parole de Jésus, Simon-Pierre ne l’a jamais oubliée ; il la mentionne en II Pi.1/14.

Quelque part, l’Eglise sera donc toujours persécutée, insupportable aux états babyloniens de ce monde qui veulent être encensés pour leur gloire, leur puissance, pour la paix qu’ils imposent par leur idéologie ou par les armes.

« Soli Deo Gloria », dit l’Eglise de Jésus-Christ, « à Dieu seul la gloire ».

Ro.11/36 « c’est de Lui, par Lui et pour Lui que sont toutes choses ».

 

Matthias Helmlinger, libre réappropriaton de R. De Pury